Une grève en Égypte


Les ouvriers affectés aux chantiers des temples étaient relativement favorisés : ils étaient vêtus et nourris dans des magasins d'État et, grâce à leur nombre et à leur cohésion, ils pouvaient recourir à la grève quand leurs revendications n'étaient pas satisfaites.


« Le scribe de la comptabilité Hat-Nakhtou et les pères divins [prêtres de rang secondaire] de cette demeure ont écouté ce qui se dit chez les manouvriers... « Nous sommes sans vêtements, nous sommes sans breuvage ; nous sommes sans poissons... Ayant député vers le Pharaon notre seigneur, pour tout cela, nous nous adresserons au gouverneur notre supérieur. Qu'on nous donne les moyens de vivre ! »
On leur a laissé les vivres pour la journée. [Le service des approvisionnements souffrait de la paresse et de l'incurie des scribes ; aussi les plaintes des ouvriers étaient-elles fréquentes ; ils veulent en appeler au gouverneur ; les scribes inquiets leur fournissent un jour de vivres.]

L'an 29 de Phoménot, le 1er


Ouverture des enceintes par les ouvriers établis à la nécropole que les 3 sergents emmènent aux provisions [voyant leurs demandes rester sans résultat, les ouvriers forcent les enceintes de leur quartier et cherchent à pénétrer dans la ville]. Le manouvrier Mesou, fils d'Aanachtou a dit : « Sainteté d'Ammon ! ... »
J'ai déjà porté l'affaire au supérieur, aujourd'hui même, parce qu'il s'est livré au repos comme ses compagnons me l'ont dit.
 
L'an 29 de Phaménot, le 28.


Le supérieur des Modjaion, Nohemphra, fils de Nehasi, est venu pour dire aux trois sergents... d'après la parole du gouverneur [le commandant de la milice attachée à la garde de la nécropole intervient sur l'ordre du gouverneur, et parlemente avec les ouvriers par l'intermédiaire des trois sergents préposés aux Clôtures] : « Ce n'est pas moi qui vous a fait ne point aller aux provisions... Ce n'est pas moi qui ai placé celui qui a fait tout ce qui est arrivé. Ouvrez quelques-uns des greniers sous son autorité. Je vous donne ce que vous y trouverez. » Le scribe Hara de la nécropole leur dit : « Il vous est donné la moitié des vivres ; je vais moi-même vous faire le partage. [Le gouverneur se déclare absolument étranger aux abus qui ont été commis ; il autorise les ouvriers à chercher dans les greniers et à y prendre ce qu'ils y trouveront. Un scribe nommé Hora réduit l'allocation à la moitié des vivres]. »
 
L'an 29 de Pashons, le 2.


Donné les deux mesures de blé aux ouvriers pour la nourriture du ler pashons.
Le chef ouvrier Khons a dit aux manouvriers : « Voyez ! je vous ai dit : Prenez des vivres ; vous descendrez au port, dans le donjon. Que les jeunes gens du gouverneur le lui disent. [La distribution du mois a été insuffisante. Un chef ouvrier incite ses camarades à aller chercher les grains au port de débarquement, et il prend ses responsabilités en faisant avertir le gouverneur] »
Puis le scribe Amonnakhtou s'occupa de leur faire donner des vivres, qui étaient déposés au port, ainsi qu'on le leur avait dit.
Puis l'une des enceintes ayant été ouverte, le scribe Amonnakhtou alla et leur dit : « Pourquoi avez-vous forcé l'entrée du port ? Je vous ai donné (moi-même) des grains sur l'heure. Donc partez (ou) je vous tiendrai coupable pour tout objet enlevé. »

 
L'an 29 de Pashons, le 13.

Extrait du carnet d'un surveillant de la nécropole de Thèbes, d'après le papyrus hiératique du musée de Turin, cité par F. Chabas : Mélanges égyptologiques, 3e série, t. II.


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Dernière mise à jour : lundi 12 août 2013